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(Les lilas de Castellane. Pastels secs Sennelier sur papier recyclé Maki. 25x25)

Aujourd'hui, Clotho va se faire des ennemi(e)s.

D'abord, ce sera trop long. Ensuite, on va se fâcher.

De deux choses l'une : ou elle se la pète (comme dit sa fille) ou c'est qu'elle pète les plombs !

Aujourd'hui, Clotho va faire du cul-tu-rel !

Notez qu'elle avait commencé l'autre jour en vous refilant "en douce" un p'tit bout de Calderón (bon, ce bout là, c'est comme to be or not to be, tout le monde connaît, d'accord)...

"En douce", j'ai dit ; c'est qu'elle a un faible pour la défense des clandestins, des hors-la-loi (pas vous ? pan ! premiers ennemis), et le culturel, j'vous l'dit, c'est quasi hors-la-loi (pan! pan ! deuxièmes ennemis). Tiens, il n'y a qu'à voir les tronches quand on prononce les mots culture ou littérature (à prononcer comme confiture...  parce que sinon : "Poètes, vos papiers !" eh oui, Clotho, avant Les Têtes Raides, elle aimait plutôt Léo Ferré...)

Culture, un bien gros mot. Il n'y a qu'à voir ce qu'ils veulent lui faire à ma Princesse !

Donc, culturel, ça ne rime pas avec consensuel.

C'est fait, Clotho a maintenant plein d'ennemi(e)s, prends ça Clotho, ils se barrent de la niousletteure ! et clic et clac patatrac!

Alors tant pis, on y va quand même :

"Quand on voulait aller du côté de Méséglise, on sortait (pas trop tôt, et même si le ciel était couvert, parce que la promenade n'était pas bien longue et n'entraînait pas trop) comme pour aller n'importe où, par la grande de la maison de ma tante sur la rue du Saint-Esprit. On était salué par l'armurier, on jetait ses lettres à la boîte, on disait en passant à Théodore, de la part de Françoise, qu'elle n'avait plus d'huile ou de café, et l'on sortait de la ville par le chemin qui passait le long de la barrière blanche du parc de M. Swann. Avant d'y arriver, nous rencontrions, venue au-devant des étrangers, l'odeur de ses lilas. Eux-mêmes, d'entre les petits cœurs verts et frais de leurs feuilles, levaient curieusement au-dessus de la barrière du parc leurs panaches de plumes mauves ou blanches que lustrait, même à l'ombre, le soleil où elles avaient baigné. Quelques-uns, à demi cachés par la petite maison en tuiles appelée maison des Archers, où logeait le gardien, dépassaient son pignon gothique de leur rose minaret. Les Nymphes du printemps eussent semblé vulgaires, auprès de ces jeunes houris qui gardaient dans ce jardin français les tons vifs et purs des miniatures de la Perse."

Marcel Proust, Du côté de chez Swann, chap.2, Combray