Je ne vous montrerai ni les paysages ni les pierres, ni les retables ni les fresques, seulement d'humbles choses, pour conjurer l'oubli.

Le 26 avril, fête de la Libération, a un tout autre sens que notre 8 mai. Qu'on en juge par cette affiche, rédigée de la main même de ceux qui se souviennent, elle permet de mesurer l'abîme qui sépare  nos mémoires. 

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Mais je voudrais aussi rendre hommage,  à des visages disparus, bien plus lointains, visages de femmes, parmi des centaines, à jamais figés sur les ossuaires des pauvres, dans un village de campagne, en Ombrie. 

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Austères beautés d'un temps où  l'on était dur à la peine, où pour poser devant le photographe de la ville, on pouvait à peine sourire, on mettait l'habit du dimanche, cheveux toujours tirés et relevés, il n'aurait pas convenu aux femmes d'être "en cheveux" ou d'arborer la longue tresse que l'on faisait le soir, avant de se coucher. Visages d'un autre monde, que je ne voudrais pas mort en vain.

Les cimetières aussi disent si dans ce monde  l'on fut puissant ou misérable. Les uns dorment dans des chapelles qui entourent les lieux, telle une forteresse, façades de marbres, dos de briques rousses, comme sur les fresques du Bon gouvernement, de Lorenzetti, à Sienne...

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Les autres s'empilent dans les ossuaires, cellules des ruches funéraires où les abeilles travailleuses reposent enfin dans le silence...

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  Chacun honore ses morts avec force fleurs artificielles et verroteries, fer blanc et porcelaine peinte... et tout comme W.G. Sebald, lorsqu'il parcourait la Corse pour nous livrer, dans Campo Santo (éditions Actes Sud, 2009), quelques notes malheureusement inachevées, je suis surprise que dans ces paysages de Toscane et d'Ombrie magnifiés par la générosité de la nature, transfigurés par l'émouvant travail des hommes,  nous ne " proposions rien à nos morts de la multiple splendeur du monde, si ce n'est son substitut le plus minable".