Ô vous les nostalgiques de Jean -Baptiste Clément, je vous entends la fredonner, cette chanson ... et je vois vos regards réprobateurs, vos doigts tendus de Communards tandis que je m'apprête à détourner l'hymne que moi-même j'appris avec ferveur... J'en demande pardon aux fusillés du mur du Père Lachaise, mais s'il n'y a ni Dieu ni maître, il n'y a pas de quoi sacraliser et vous me laisserez bien y aller de mon couplet.                                          

Voilà : mon cerisier est mort. Et vous, les merles moqueurs, s'il vous plaît, mettez-la en sourdine, je sais qu'il n'y a pas de quoi fouetter un chat (enfin Bambou, viens quand même par ici, mon minou, on ne sait jamais, il y a tellement de dingues par les temps qui courent...)

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Pitoyable spectacle. Il avait tant donné, le cerisier !

Et sous ce cerisier je revois défiler le temps où Princesse Seconde avait encore de longues tresses blondes... où une petite chienne rousse dévorait les noyaux et où Princesse Première révisait au soleil son bachot...

Pour signe avant-coureur, il eut d'abord le coeur fendu, mais nous n'avons pas cru à ses grosses larmes de miel : voyez donc ce vieux beau qui veut jouer les gommeux ! Aveuglément toujours, dans ses bras généreux, nous avons butiné, boulotté, récolté. Nous avons cru à son éternité.

Un arbre qu'on abat, ce sont des souvenirs qui meurent.

Et pourtant...  dans un dernier effort, il nous a donné ça, soupir d'agonisant :

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et il reste dans ma cuisine cette très vieille peinture que je fis, autrefois, d'une lointaine récolte... (huile sur papier toilé marouflé sur bois, 25x30)

Alors, religieusement, je me suis empressée de faire ça :

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et cet hiver, quand j'ouvrirai les pots, le cerisier, même abattu, nous donnera encore.

Pour un vieux temps des cerises, Clotho met donc son drapeau noir en berne, mais elle ne change pas son fusil d'épaule, elle aime la Louise Michel et la Rosa, la Luxembourg, bien sûr. Elle se dit qu'elle a de la chance d'avoir pu acquérir son tout petit lopin, son p'tit coin de paradis, alors qu'il reste encore tant et tant de damnés sur cette terre... Alors, pour que revienne le temps des cerises, là où était le vieux généreux, "debout, deeeebout", il s'en dressera un autre !

(Et tant pis si cette Amélie- méli-mélo déplaît aux " faut-pas-faire-des-amalgames", je leur dis : olé !)

(NB : je ne peins plus du tout comme ça... c'était juste pour avoir une petite série déco dans la cuisine.)   

EDIT de 16 H.

Barjolaine    m'a taguée, chère Barjolaine... tu ne m'en voudras pas si je ne réponds pas et si je refile ce bébé-là à Fifane ?