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Clotho est encore trop sage. Clotho n'est pas brodeuse, elle est plutôt conteuse, mais pas compteuse de points.  Elle invente des histoires, et avec des petits bouts de rien, des fils, des chiffons tombés du sac, des bouts de tee-shirts rafistolés, des vieux machins, il lui arrive de libérer ses personnages de leur prison de mots.

Voici donc Cuanac, la vieille faiseuse d'anges des Amazones. Plus afro-cubaine qu'amérindienne, mais enfin... Cette histoire, c'est la terrible grand-mère Elvire qui la raconte à sa petite-fille Adèle et à Américo, le fils du maçon du coin de la rue.Vous avez tout le week-end pour la lire. Interro lundi, coefficent 3, et je vous préviens, je saque !

C’était loin l’Orénoque. Elvire racontait qu’il y avait là-bas, bien au-delà des cataractes, une tribu guerrière dont tous les petits mâles, que les femmes n’engendraient qu’après de brèves rencontres et à certaines saisons, étaient jetés dans le fleuve, en un lieu mystérieux, connu d’elles seules, ou plutôt de Cuanac, dont c’était le devoir de reconnaître et d’arracher l’enfant avant que la mère ait pu sentir ses mains fragiles sur son sein. Elvire disait en chicotant que la vieille Cuanac devait avoir depuis des lustres le pubis ras comme les cailloux du fleuve puisque, selon les rites, elle payait pour chaque enfant le tribut, certes peu honorable, d’un poil pétri avec la terre du fleuve. On attachait cela au cou de la victime, avec trois fibres de sisal. On racontait, plus bas, que le fleuve charriait les petits jusqu’à la mer, très en aval des cataractes, et Yemanya les accueillait. Elle leur donnait des ailes pour signifier l’alliance qu’elle faisait avec le ciel. Et c’est ainsi que la déesse, la blanche Yemanya, quand elle sortait de l’eau toute vêtue d’écume, s’en allait par les rives certains jours de grand vent, suivie d’enfants joufflus qu’elle appelait angelitos.

Tout au fond de son cœur, Adèle se méfiait de ces femmes qui n’auraient bientôt plus d’amants et qui fabriqueraient, elles aussi, dans leur vieillesse, des angelots pour Yemanya. Tout la portait à croire qu’Elvire dans ses voyages avait pu remonter jusqu’aux chutes au-delà desquelles nul homme blanc n’était encore allé. Elle nourrissait l’espoir de dépasser un jour ces territoires bien en amont des marécages, où des femmes  agrippent de leurs mains les poissons et rejoignent les hommes pour dormir longuement chaque nuit avec eux, bercées dans des hamacs, et nues comme des enfants. Ou bien encore, Adèle regardait la mer, les jours de vent, sûre que, pour elle, rien que pour elle, un prince était parti, sans rames et sans armure…

  Américo aimait l’histoire d’Elvire, mais il avait rêvé, bien sûr, qu’il aurait bientôt plus de barbe que la vieille Cuanac n’avait de poils pubiens et qu’il tannerait sa peau comme un tambour de foire pour affoler les perroquets au plus profond de la forêt.

(extrait de "Adèle, les chemins".)

                                                           la_vieille_cuanac

PROPOSITION :

Et maintenant, il ne me reste plus qu'à m'attaquer à Yemanya et ses angelots ! Et puis... au fait, et si c'était VOUS qui VOUS y mettiez à la belle Yemanya et à ses angelots ? Un angelot chacune, comme vous voulez, de bric et de broc, ça vous irait ? Et ensuite, on fait un grand retable bien baroque ou bien kitsch et on demande à quelqu'un, par exemple... à Podane de nous l'exposer! Vous êtes partantes ?

(Au fait : ma Cuanac, elle a le format d'un cahier d'écolier... mais l'échelle, ce n'est pas grave, ça peut être encore plus intéressant de ne pas la respecter !)