chardons

J'aime les fleurs des champs. C'est une passion banale. Mais que sommes-nous pour vouloir des amours singulières ?

J'aime les fleurs des champs, et c'est pourquoi je marche.

Humbles devenues rares, vulgaires qui bordent les chemins, courbent parfois la tête, se cachent dans les décombres, se dressent parmi les friches. D'elles je fais mes délices, qu'importe si elles sont mièvres.

Il faut avoir le rêve vagabond, le pied marcheur et l'oeil ouvert.

Quelques mauves négligées en bordure des vignes, cela suffit à mon bonheur. Si je pose un genou à terre, l'odeur piquante des diplotaxes vient réveiller en moi des fringales herbivores, quelques feuilles dispersées relèveront mieux que la roquette une laitue douçâtre...

Scabieuses, pimprenelles, gesses et coquelicots. Herbes échappées à la folie des hommes et spectres d'autres temps, vieille compagnes de disette sur la cartographie de la faim.

Je suis une glaneuse, en moi poussent encore les cris d'autres générations. Ce qui se mange est bon pour ma mémoire. Je les vois ces armées d'indigents que de longs jours de privation ont fait devenir noirs, j'entends leurs dents sur les racines, leur râle sur la terre.

Et dans les villes, quand au ras du bitume, dans la fente d'une façade, derrière une gouttière s'accroche une pariétaire, il me vient une joie sauvage, une fièvre originelle, l'appel du végétal. S'il y avait un ciel, je le remercierais. Un jour, dans une ville immense, à hauteur des pots d'échappement, j'ai reconnu dans une lézarde quelques feuilles de rue, cette coriace, cette puante, cette bienfaisante des jardins, j'en aurais arrêté les passants pour qu'ils s'inclinent avec respect !

Marcher, marcher... Marcher, ce n'est même plus méditer, c'est contempler.

Marcher, comme l'on va vers le néant sans doute...

                                                       fritillaires

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Belle fin de semaine à vous, marchez, ouvrez les yeux, regardez les nuages... et à propos de nuages, j'ai découvert quelqu'un qui me ravit : DE LA COURSE DES NUAGES.