Deux messages dans la même journée ! Et en plus, celui-ci est interminable, Clotho abuse...

C'est qu'elle va faire une longue pause pendant laquelle ses jambes marcheront et son imagination vagabondera.  Mais elle espère que la vôtre aussi s'évadera.

Avant de vous quitter, elle vous rappelle en douce que vous avez des devoirs de vacances ! N'oubliez ni Cuanac, ni Yemanya, ni les angelots ! Là.

Un avant-goût des bricolages orinoco-amazoniens inachevés, et si on ne voit rien ou presque, c'est que c'est fait exprès !

                                                                   angelots

                                                                  angelots2

Et puis comme en fouillant dans le sac à chiffons elle a trouvé des morceaux sympathiques (elle y reconnaît les bretelles d'un tablier de cuisine, un pantalon confectionné pendant qu'elle était enceinte de Princesse Seconde, pff, ça commence à dater, une tunique, les rideaux reteints de la chambre de Princesse Première, pff presque trente ans..., un chemisier à fleurs devenu trop gnan-gnan etc. etc.), elle a vite monté ce sac fripé sur le célèbre modèle du 22 carrés de Cécile. C'était aussi pour tester les pompons dans un ou deux des fameux cônes offerts par Valérie, vous vous souvenez ?

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BRICOLEZ BIEN ET PASSEZ SURTOUT DE BONNES VACANCES !

Puisque ce sera long et que certaines aiment les histoires, Clotho offre aux lectrices, aux "liseuses" de l'été, encore un petit bout de l'histoire d'Adèle, où il est à nouveau question de Yemanya :

Médor somnolait à l’ombre du mur et on voyait son flanc râpé par la gale de l’été. C’est à cette heure qu’il attendait Poupie. Il secouait la tête au passage des mouches et Poupie passerait, et lui, suivrait, penaud, son derrière propret de poupée pomponnée, pi-pom, pi-pom, nananère... Sur les babines de Médor, trois poils frémissaient. Depuis le temps qu’ils faisaient ça ensemble, Poupie était une vieille poupée et Médor un cabot déglingué.

  A l’heure qu’il était, la mère d’Américo avait séché toute la vaisselle et attendait sur une chaise qu’un bruit lui signifiât de retourner à la besogne. Ses mains tranquilles et recueillies reposaient sur sa blouse de toile. Ses jambes jamais n’étaient croisées, et la plante de ses pieds, comme celle des servantes, touchait à plat le sol. Adèle toujours l’avait vue dans la menue patience des jours, à peine découpée sur le pas de la porte, endurant en silence les heures de la sieste. Ensuite elle se levait, portait ses mains au tablier juste à hauteur du ventre, comme pour les essuyer, et lentement, épluchait en rubans la peau des pommes de terre.

  Un jour, il y avait déjà longtemps, Américo avait voulu qu’Adèle le conduisît jusqu’au Gesù à l’heure de la sieste. Elle n’avait aucune envie de remonter par les ruelles chauffées à blanc jusqu’à des lieux qui ne portaient pas de nom et dont les dalles disjointes sentaient la puanteur des cuves et des citernes. Là-bas, c’était le territoire des chiens, ils vaquaient indolents, le pelage jaune et la queue longue, se retournant à peine sur les passants. Là-bas, inattendue, la place du Gesù s’ouvrait comme un théâtre à l’abandon maculé d’un vacarme de pigeons. De l’avis d’Adèle, l’intérieur du Gésù était laid, comme était laid sous la coupole le dais d’azur soutenu par des colonnes d’or sale, et laides les statues brochées de soie. Pourtant il y avait sur le côté une chapelle bruissante de lumière, une sucrerie dégoulinante de chérubins qui fascinaient Américo :

-         Ce sont les fils de Yemanyah.

  Il n’avait pas perdu la fable.

  Mais ce qu’Américo venait voir, c’était l’homme du retable, coiffé de plumes un peu rigides aux couleurs vives, et qui priait, sans se prosterner, le sacré cœur de Jésus.

-         C’est l’homme d’Eldorado.

-         Ah ! vous regardez l’Indien !

  Ils n’avaient pas senti venir le gnome. Il boitait à demi, ployant le corps sous le poids de sa bosse :

-         Figurez-vous que c’est tout ce qui reste de la Mission de Mascaró. Elle croule maintenant sous la végétation de la selva. C’est Jean-baptiste D’arce qui l’a sauvé et c’est une vieille histoire.

  Essoufflé, le monstre nasillard les invita à s’asseoir serrés l’un contre l’autre sur un des bancs de la chapelle.

  « Je me demande si Mascaró portait alors un nom, c’était avant la fondation de la Mission. Imaginez un lieu de nulle part, une carte blanche sans sud ni nord dans le dédale de la forêt, le labyrinthe des cours d’eau, le saut mortel des cataractes, un homme, probablement tout seul, et le premier indien, un chef, gagné sans armes au sacré cœur de Jésus. On dit que les femmes de Mascaró tressaient des couronnes de fleurs qu’elles portaient à l’indien, mais on raconte aussi qu’il existait une deuxième image, toute de blanc vêtue…

-         Yemanyah ! » murmura Américo, mais seule Adèle l’entendit.

-         Quand le malheur frappa la Compagnie de Jésus et qu'on les pourchassa, les franciscains convoitaient ces images, mais le père d’Arce les emporta sur un navire qui ne le ramena jamais en terre d’asile. Personne ne sait par quel miracle l’Indien échappa à la longue dérive de ce navire que personne ne voulait accueillir. Ce qui est sûr, c’est qu’il y avait ici un certain Emmanuel de Guarinos. Il vivait retiré sur la colline des néfliers. Il revenait des Amériques et passait tout son temps à reproduire dans des carnets la forme et la couleur des plantes qu’il essayait d’acclimater dans une verrière au fond de son jardin. A la mort de sa mère, il fit don de l’Indien qu’il conservait chez lui, dans une niche cachée par un rideau. On ne peut pas dire pourtant qu’il aimait les images... Tenez, il y a encore dans les archives du diocèse une lettre de ce monsieur qui raille la dévotion à Notre Dame des Anges ! Les gens disent qu’il l’avait échangé contre une poignée de pois-chiches sur un port canarien, pour l’offrir à sa mère qui n’en voulut jamais. La pauvre femme avait une drôle d’histoire…

(et là, l'histoire de Blanche, la mère, c'est encore autre chose...)