... dans une simple corolle !

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Histoire d'Hortense (extrait)

"Elle aurait bien aimé semer trois petits pois dans un godet qu’elle aurait posé sur ses étagères pour voir si le rai de lumière, à supposer que le ciel fût dégagé, les aurait fait germer, mais elle trouvait cela trop compliqué. En outre, à supposer aussi que des cotylédons acceptent de s’ouvrir comme deux hélices prêtes à se tourner vers un soleil si fugitif, Hortense craignait d’être dépassée par une végétation qui grimperait à l’assaut de sa bibliothèque, s’insinuerait entre les pages des livres et étoufferait ses souvenirs. Elle avait renoncé. Sans doute éprouvait-elle envers les plantes la même terreur qu’envers les chats, surtout celles qui s’enroulent et qui enlacent de leurs vrilles perverses, masquées sous d’aguichantes corolles de délicats pavillons bleus ou de lubriques étendards rouges ailés de rose, le moindre signe vertical à leur portée. Elle avait même observé chez certaines d’entre elles de ces bizarres oscillations, de ces lascives contorsions, aussi sournoises qu’inquiétantes, à la recherche d’un support devant lequel se tortiller puis s’agripper. Les salopes. Décidément, les plantes aussi avaient d’étranges comportements."

Muriel Daumal (La chaîne, 2002)

(chroniques sans commentaires, en attendant le retour)