pierres d'Irlande - piedras de Irlanda
Pierres dressées, rongées par les lichens et les mousses. Pierres tel un peuple qui a longtemps courbé l'échine et qui se tient debout, pourtant.
De l'échappée irlandaise, je retiens le désir de retourner vivre dans la lenteur et ne plus fuir toujours plus loin, plus vite.
Commencé dans la voiture, tout en bavardant avec Valérie, un simple gilet en jersey, aux épaules menues et s'évasant en basques sous la taille :
Pour l'encolure qui me plaît beaucoup, des bords francs, pas de coutures d'épaules, tout est monté aux aiguilles et les manches sont reprises sur aiguilles circulaires. Bande de boutonnage relevée et tricotée en côtes 2/2. Boutons de récup en métal argenté, tous différents, très patinés par l'usage... Le corps aurait pu être d'un seul tenant, j'y ai songé trop tard. 8 pelotes et demie pour une taille 40.
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Les filatures, les vraies, nous les avons cherchées, presque en vain.Tout s'appelle "woollen mill", mais il s'agit de boutiques où domine le pull de mauvaise qualité pour touriste en mal de maille irlandaise.
Près de Killarney, cette filature à moitié à l'abandon, a pity, même si dans un bâtiment on tisse encore des plaids dans une laine filée en Italie. Car je le répète, il se passe là ce qui se passe en France, si la toison est locale, le filage, lui, se fait en Italie :
En revanche, au nord de Waterford, à Graiguenamanagh, une authentique filature familiale, CUSHENDALE, :
Certes, on se demande où est la différence, sauf que nous avons vu les artisans en activité.
Ils essaient un tweed dentelle qui n'est pas encore proposé dans leur boutique "online" et qui ressemble à s'y méprendre à la Holst Garn (environ 6 euros les 100gr, mais le nuancier est encore réduit, la pelote beige, juste pour le contraste, est un tweed d'une autre provenance) :
L'Irlande, ce ne sont pas que des gris, bien sûr
et je garde au coeur cette nuit passée dans une petite chambre pleine de charme où, de mon lit, je voyais les moutons :
fêlée du bocal / comerse el tarro y salir barrenada de cascos...
Du végétal au bocal, c'est le moment. Du moins pour les nobles fermentations.
Récolter ou sortir des cachettes ce qu'on a conservé au sec pour les jours meilleurs. Il y a donc du frais et du sec.
Ecorces de grenade de Villelaure, graines de rumex d'Andalousie, eucalyptus de Cadix ou de Galice, lichens fruticuleux du Luberon et du Verdon, arbousiers du Bec de l'Aigle, ajoncs et lichens du Kerry et du Connemara, immortelles des garrigues, bruyère des calanques, achillée de mes chemins buissonniers, raisin d'ours du Queyras, pastel frais des environs de Buoux et fleurs de coquelicot déjà mis en bocaux... iris du jardin, peaux d'avocat du déjeuner, cupules de glands de la combe de Lourmarin et tout ce qui pousse dans le béton ou les rochers, sur les talus et dans les bois, tout ce qui pourrait donner de la couleur !
Plonger le végétal dans le bocal. Ranger comme on peut au soleil. Laisser fermenter.
Tremper l'animal, pardon... juste ses fibres. Mettre à sécher. Attendre le coeur battant.
Tordre ou bobiner.
De l'alpaga lace (800m aux 100gr) bientôt proposé par 50 ou 100 gr pour les tricoteuses qui font dans la dentelle et par kits de petites échevettes de 25 à 30 mètres pour les crocheteuses (ici, juste quelques tons "nature", peu saturés).
Un travail lent, par quantités très limitées, artisanal, un travail que je ne peux faire que par plaisir.
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Quelques jours en Irlande m'inspireront peut-être un message, mais il faut que cela décante. Ces jours ont renouvelé le goût pour certaines couleurs
Et lorsque les bains seront épuisés, ils fourniront encore matière à contempler. Esthétique de la charogne. Voici comment les résidus de chou deviennent objet de ma contemplation sur un tas de compost :
La matière n'est-elle pas pleine de beauté et de surprises ? Je vous salue, amies et vous promets encore quelques carrés à venir !
l'éphémère et l'infini - lo efímero y lo infinito
C'est un truc qui tourne à l'obsession. La fille qui faisait des petits carrés, des petits carrés, des petits carrés, sans s'arrêter, avec tout ce qu'elle trouvait.
Même quand il n'y a pas moyen de régler la couleur ...
Les reliefs ne sont pas des points soufflés (5 ou 6 brides inachevées et refermées ensemble par un dernier jeté) mais des nopes faites sur une base de coquille repliée : 5 ou 6 brides complètes dans un même trou, ensuite la dernière bride est refermée sur la première, par derrière et au moyen d'une maille coulée.
Crochet n°2.
La bordure (et les couleurs à peu près justes, justes aussi en photo 1) :
Et l'éphémère, qu'en dites-vous ?
cygne de reconnaissance
Glisser sur les eaux, en avoir toute la majesté, un rêve... hélas... se retrouver vilain petit canard sans espoir de métamorphose, enfin, se consoler avec la plume qui demeure, toute virtuelle, je vous le concède.
Odile -Eau d'île- Ode île de Fée moi un cygne méritait mieux que ces portraits détestables... mais tout de même, hauts les cols, c'est avec bonheur et sur toutes sortes de tenues que j'arbore fièrement une merveille qui fait des ravages sur l'étang, les marécages et les marais salants ! Toute la Camargue se retourne, je vous l'assure.
Et puis, les corolles des amandiers en neige silencieuse tombent et se piquent maintenant aux buissons d'aubépines. Tout se multiplie au gré d'un petit tweed que j'ai teint en différentes nuances grisonnantes (yèble, brou, chou etc), mais il ne faut voir dans cette grisaille qu'un exercice pictural qui satisfait mon pointillisme, rien de triste en vérité.
Il me semble n'avoir jamais rien fait d'aussi long. A quoi cela ressemblera-t-il finalement ? mystère... A suivre...
se projeter - proyectarse
"Ils sont en fleurs aux Aygalades. Dans le vallon défiguré, sous les brusques calcaires où durent s’accrocher les Carmes dont le couvent béant plonge sur l’autoroute, ils sont en fleurs et noient de leurs flocons le laid désordre des collines.
Toujours sur ce parcours elle gratte le paysage, désosse les immeubles et cherche les tracés que fit le pas des mules en relais des navires. Même si encore le froid cingle les tailles qui se voulaient légères parce que les jours se font à peine plus longs, ils sont en fleurs, les amandiers, et Ana les attend en comptant les printemps, leur approche tranquille aux branches dénudées. Elle ne sait jamais par quel chemin vient l’accabler l’hiver, au détour de quelle sente sa morsure la reprend pour ne pas la lâcher, mais les premiers pétales, elle en guette la neige sur les rameaux blessés qui tordent toutes leurs griffes devant la vieille bâtisse, en contrebas de l’autoroute. Depuis des années à l’avant-poste, ils effacent un instant l’architecture hâtive des cités où se lèvent, tels des boucliers, des rangs de paraboles, ces oreilles dressées."
La paix d'Izri. Muriel Daumal.
( Les Aygalades. Photo "volée" sur marseillesympa.com. Cette bastide se délabre, elle est tout ce qui reste de la splendeur des lieux et c'est là que fleurissent les premier amandiers, entre Marseille et Aix, sous le viaduc des Aygalades.)
Ne ferait-elle donc rien, Clotho, depuis tant et tant de jours ? Peu de choses, il est vrai. Elle laisse s'écouler les jours et tâche d'effacer le goût qu'ils ont parfois, comme lorsqu'avec gourmandise elle plonge la main dans le sac d'amandes et croque celle qui décharge son amertume foudroyante.
Avec patience, tout doucement, l'ouvrage se construit. Il y aura d'autres printemps.
sur la côte - al borde
Chevrons pour qui n'a rien de chevronné, des p'tits trous des p'tits trous sur le chemin de la violette plutôt que celui des Lilas, plus de poinçonneur ni de première classe... et tel le jour J, voici la côte la plus longue, le bord côtier le plus houleux pour qui n'aime pas se compliquer l'aiguille !
Cette laine, la belle malabrigo lace, me fut offerte il y a looooooongtemps déjà par FIFANE et moi, je n'osais pas y toucher. Fallait qu'elle m'apprivoise la jolie, moi la pasionaria de la récup, la pas copine de la marque, la militante sans étiquette.
Redoutant de tricotailler du n'importe quoi avec des trous n'importe où, et des cratères n'importe comment, puis leurs échelles subséquentes (au secours ! elle parle chinois, comment je la rattrape celle-là ? ), j'ai choisi de foncer tout droit dans les étoiles, enfin, entendons-nous... dans une étole, restons modeste...
Alors voici la recette :
Monter un nombre de mailles multiple de 10 (fastoche, même si on est fâché avec la table) + 9 + 1 maille lisière seulement.
Après trois rangs de mousse, répéter toujours ces 4 rangs (fallait pas croire que j'allais mémoriser un truc de l'autre monde, non plus !) :
rg1 et 3 : 1m lisière *1 jeté, 3mend, 3m ens à l'end, 1 jeté, 1m end*
rg2 : à l'envers
rg4 : à l'endroit.
Terminer par deux rgs de mousse et rabattre sur un troisième à l'end.
Avec 100 gr de cette malabrigo, 100 mailles (soit 9 motifs + 1= 10), en 3,5, cela donne une largeur de 40 cm et j'ai pu poiçonner, poinçonner, poinçonner les chevrons qui montaient comme la petite houle, celle qui donne bien mal au coeur, sur 2m50 ! Alors, moussaillonnes, au taquet, c'est à la portée des plus brouillonnes !
Merci Fifane, il était temps !
rouge ! - ¡roja!
Se répéter ? se lasser ? puiser encore dans l'inépuisable, aller au bout de la petite forme, du module infiniment combiné. Le mini classique, vous en avez assez ? Pas moi, c'est le meilleur moyen d'utiliser des métrages très courts.
Au départ, des échevettes, des pelotons, des cônes industriels dans toutes les matières et tous les formats.
Des rouges et des blancs. Une rasade de rosés, deux doigts de bordeaux. Cela faisait cuisine, cela faisait chalet. Ah bon ?
Slave ou oriental ? Alors, rouge ?
tout savoir ... - saberlo todo
La bride, la maille coulée, l'anneau magique, le carré grand-mère... non, ce ne sont pas de nouvelles postures du Kamasutra. Vous en ignorez tout. Vous aimeriez savoir mais vous n'osez pas, vous vous demandez comment vous y prendre, comment commencer et comment finir... vous auriez envie de petites choses simples et belles. La solution est là, et c'est pour demain :
Véronique, autrement dit notre amie Barjolaine vous guidera pas à pas ! Vous saurez tout, tout, tout !
* * *
Quant au reste, ça sent le rythme des saisons... ça fermente lentement et en quantités forcément restreintes dans les bocaux posés contre les radiateurs (la myrte ne donnera pas de rose, c'est hélas certain), il faut attendre le retour de la chaleur pour d'autres expériences
ça sent l'usure, les vieux souvenirs, les étoffes élimées et qui avaient déjà vécu une première vie, les Lévi's en velours côtelé qu'on portait avec un petit shetland pour chanter "no milk today" ou "love is all we need", ça date, "que le temps passe vite, madame...", les premières robes cousues-main de nos filles devenues mères, les chutes patiemment rassemblées, les maladresses, les reprises...
Encore sur des travaux de longue haleine, à essayer d'épuiser les stocks, là aussi il faudra patienter.
Pour l'instant, donc, juste une bricole pour habiller un pull moutarde tout en cachemire. Col aux rayures crazy, c'est à dire des rangs raccourcis distribués en quinconce de part et d'autre d'une nervure au point mousse. Mérinos/angora, mérinos, soie, des filatures du Valgaudemar, mais suis assez déçue par la qualité et par l'opacité des couleurs ... Boutons en raku.
revenir sur terre - volver a la tierra
Après mûre réflexion, cette année 2012, c'est sans doute ainsi qu'il faut vous la souhaiter : haute en couleurs !
* * *
De terre et de ciel, aux ocres qui vibrent sous un ciel d'orage... un certain soir j'étais à Sienne et la pluie menaçait.
Composer au hasard des nuances
Imaginer des sols, éventrer des sous-sols, entendre les pieds nus de l'amant d'Hadrien
Bâtir des empires qui seront éphémères et dont les toits crevés ruisselleront d'étoiles
Maître, je vous le dis, les coupoles prennent l'eau et les barbares approchent.
Maître, je les entends.
Après Rome ce sera Byzance. Mais après Byzance...
Plaid 120 x 120 cm. Stock d'échevettes glanées, offertes, récupérées, jamais volées, utilisées telles quelles ou trempées dans les pots d'avocat, de chou, de roïbos, de poirier, de noyer...
Composer le nuancier
Travailler. 529 carrés à deux rangs, autour d'un coeur de 12 carrés à un seul rang.
de ma tour de guetteur - desde mi atalaya
C'est chaque fois la même chose. Dès que les crêtes se couronnent de neige IL frétille et ELLE sourcille. IL lui prend des désirs de glisse, ELLE a des envies de mer.
A vrai dire ce seraient des désirs de fuite ou des fringales d'Ouest, de pays où le soleil ne se couche jamais.
Il a suffi de prendre le fourgon, d'aller jusqu'à l'Estaque, à côté du p'tit bar où les "marins d'avant" sifflent leurs pastagas sous le regad usé de Nine, d'acheter deux douzaines d'huîtres et deux grosses tartes tropéziennes et de filer juste au-dessus, sur le massif troué d'acide.
Grimper la côte des anciennes mines de cobalt , trouver à côté des bicoques de bric et de broc, dans les gravats, les détritus et les herbes sauvages une petite place pour le luxe.
C'est de ces friches au-dessus de la mer, de ces boyaux qui ne cracheront plus les poumons des exilés, de ces galeries où traîne encore l'écho de l'espagnol, que je préfère guetter l'année nouvelle. Les yeux rivés sur le Frioul, et sans doute même bien au-delà, vers d'autres terres, la main dans un sac de laine, la nostalgie et le plaisir tout à la fois, au bord du coeur.
Ces jours-ci, il y a eu quelques menus travaux pour célébrer l'enfance, il y aura encore de longs ouvrages.
C'est donc de là que je vous écris et que je guette 2012. Et vous ?

















































































